Les poissons dans la mer (spoiler : y en a plus beaucoup)

J’ai une devinette pour vous : imaginez-vous invité à un meeting historique rassemblant les scientifiques les plus éminents de votre siècle, et là votre idole (si, si, ça peut être Dindier Raoult, on vous jugera pas, promis) prend la parole devant la foule en effervescence pour annoncer ceci : « The cod fishery, the herring fishery, the mackerel fishery, and probably all the great sea fisheries, are inexhaustible. That is to say, that nothing we do seriously affects the number of the fish. »1 (Traduit vulgairement, pour les non-bilingues, ça veut dire « Si on ne veut pas mourir de faim dans 50 ans il suffit de manger du poisson. Les poissons c’est comme les tucs : quand y en a plus, y en a encore. »)

La question est : vrai ou faux ?

Attention à ne pas tomber dans le piège ! Contrairement aux sujets du bac de maths, la réponse ne se trouve PAS dans la question ! Bon, comme je suis sympa je vais vous aider, la bonne réponse est « partiellement » (« oui et non » comme dirait Pythagore).

Alors déjà oui, pêcher du poisson c’est une bonne idée, une bonne idée que les hommes ont eu très tôt, et partout dans le monde. Aujourd’hui encore, les poissons et fruits de mer constituent la plus importante source de protéines pour près de la moitié des habitants du globe et leur consommation assure le gagne-pain de 60 millions de personnes.

Et c’est là que je suis désolée de vous l’annoncer, mais bien que vous lui portiez une confiance sans faille, votre idole s’est fourvoyé cette fois. Les ressources ne sont pas inépuisables, et la mer ne fait pas exception.

Si le nombre de captures annuelles tend vers un palier, ce n’est malheureusement pas parce que les hommes ont appris à être raisonnables, c’est parce qu’on ne trouve plus de poissons.

Ainsi, 1/3 des stocks de poissons est surexploité dans le monde, et cette surexploitation peut atteindre jusqu’à 95% des espèces pêchées en mer méditerranée, par exemple. Les espèces sont menacées, les écosystèmes sont fragilisés et les 3,5 milliards d’êtres humains qui vivent des ressources marines sont en danger.

Sans surprise, le nombre d’espèces surexploitées augmente chaque année.

Les causes de cette surexploitation : l’augmentation de la population mondiale, qui conduit à la demande croissante de nourriture (en 60 ans, la consommation de poisson a doublé) et l’amélioration des techniques de pêche, qui permettent désormais de capturer des poissons de plus en plus nombreux et de plus en plus profond, sans distinction. Il arrive alors de remonter dans les filets des poissons très jeunes qui ne se sont pas encore reproduits ou des poissons qu’on ne va juste pas consommer et rejeter à la mer, morts.

D’autre part, la pêche illégale, qui est estimée à 15 % des captures, a aussi une responsabilité majeure dans la destruction des ressources halieutiques. Des poissons comme le thon rouge qui valent une fortune sont intensivement braconnés, sans considération pour les quotas fixés par les gouvernements qui eux-mêmes peinent à respecter les nombres recommandés par les scientifiques. Ainsi, en 2008, alors que les scientifiques recommandaient de fixer un quota de 10 000 T de thon pêché, l’Union Européenne a fixé ce quota à 29 500 T, et l’on estime à 61 000 T la quantité de thon réellement pêchée.

Et c’est à ce moment que votre expert préféré intervient : « Alors oui, comme d’habitude, pêcher c’est bien, mais trop pêcher, c’est pas ouf. Mais il y a une solution à tout ça, un domaine en plein essor : l’aquaculture ! »

La part de l’aquaculture dans la production de poissons dépasse bientôt celle de la pêche

Vous connaissez le rituel maintenant : vrai ou faux ?

En fait la réponse est la même : oui, mais… Oui parce que l’aquaculture est effectivement une alternative pour produire plus de poissons, quand on n’en trouve plus dans la mer, mais ce n’est pas une solution beaucoup plus durable. Déjà parce que l’aquaculture, ça demande de l’espace, et cet espace, on va souvent le trouver en détruisant des espaces naturels qui abritent déjà une biodiversité. Celle-ci se voit alors réduite, voire éliminée. Ensuite parce que les poissons élevés en aquaculture sont très souvent des gros poissons dont l’alimentation est faite de petits poissons, et ces petits poissons, on se les procure par la pêche. L’aquaculture, loin de réduire la pêche, pourrait donc même amplifier ses dégâts.

Pourtant, et heureusement, nous pouvons agir à notre niveau pour optimiser notre consommation et réduire notre impact sur la raréfaction des ressources. Comme pour les fruits et les légumes, nous pouvons manger local, et de saison (en dehors de la période de reproduction du poisson). Éloignons-nous des poissons juvéniles ainsi que des espèces consommées communément comme le thon ou le saumon, pour privilégier des poissons plus rares, et donc statistiquement non surexploités. Des labels existent pour certifier la provenance et la méthode de pêche du poisson, utilisons-les pour guider notre achat.

Un lien vers un guide de consommation du poisson de la WWF, pour ceux que ça intéresse, c’est cadeau (en plus il y a des recettes à la fin, pour vous faire plaisir) : http://www.consoguidepoisson.fr/

1 : citation du biologiste Thomas Henry Huxley à une exposition sur la pêche à Londres en 1883 (sources : Living Blue Planet Report de la WWF)

Bibliographie :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Surp%C3%AAche

http://www.fao.org/fisheries/fr/

https://wwz.ifremer.fr/Expertise/Peches-maritimes/Bilan-de-l-etat-des-populations-de-poissons-pechees-en-France/Bilan-2020-de-l-etat-des-populations-de-poissons-pechees-en-France

http://www.greenfacts.org/fr/peche/index.htm

Ariel le bg

Ariel le bg

Influenceuse novice, elle suit avec assiduité des cours de lecture de cartes de tarot et les derniers sons de PLK. Et ça lui arrive de partager deux trois infos en ligne.
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PenséeZY
PenséeZY
il y a 1 an

Fishons le camp! ~~~~>o>