ECNiouzes : the rise of a newspaper

Il y a 20 ans, à l’aube du nouveau millénaire, un groupe de Nantraliens avides de justice et de vérité s’élance dans une aventure inédite : la création d’un journal étudiant pour Centrale Nantes. Voici son histoire, racontée des mots d’un de ses membres fondateurs : le premier rédacteur en chef. Une origin story épique d’un emblème de la vie Nantralienne qui traversera les époques et perdurera jusqu’à nos jours…

De gauche à droite : les couvertures des n°22 (novembre 2003), n°2 (septembre 2001), et n°55 (novembre 2007)

Pouvez-vous me parler du premier numéro de l’ECNiouzes ?

Je ne l’ai pas sur moi : il est dans ma cave en Allemagne. C’est assez compliqué de voyager en ce moment, je n’ai pas eu le temps de rentrer en Allemagne voir de quand datait le premier numéro. Je sais que j’en avais une version PDF mais il est sur un disque dur, aussi en Allemagne. Je n’ai pas regardé à quoi ressemble le site aujourd’hui, mais j’ai regardé un numéro qui datait d’il y a quelques temps et j’ai vu que ça avait bien évolué.

Depuis cette année, on est passé complètement en numérique, notamment parce que l’année dernière, à cause du Covid, on n’a rien pu imprimer.

Ce n’est pas plus mal, ça permet plus de liberté.

Quand est-ce que l’aventure a commencé, pour vous ?

L’histoire a commencé bien avant le premier numéro. Ça remonte à l’élection du BDE : je faisais partie de la liste perdante. Et vous savez, quand on perd les élections du BDE, on se rabat sur les activités qui restent. Et ce n’est pas forcément un problème, il y a beaucoup d’activités intéressantes. Je dis ça parce que le groupe fondateur était, en grande partie, formée par l’équipe du BDE perdant. Avec ceux qui étaient intéressés, on s’est demandé ce qu’on pourrait faire, puisqu’on ne s’occupe pas du BDE. A cette époque, il y avait le magazine de l’association mais il n’y avait pas de magazine des élèves. On s’est dit que c’était quand même dommage et j’ai donc commencé à regarder ce qui pourrait être fait.

Le magazine de l’association, c’était quelque chose qui était fait par l’école ?

C’était le magazine de l’association des diplômés. J’en parle parce que c’était un problème, au début, pour la création d’un magazine étudiant, dans la mesure où la question du financement se posait. On ne pouvait pas le financer du budget du BDE parce que les tirages auraient coûté trop cher. Et le BDE étant géré par l’autre liste, il y a aussi un peu de politique dedans (rires). On a eu un petit fond de roulement pour commencer, mais il fallait quelque chose pour financer la publication. C’est là que le principal problème s’est présenté : on avait interdiction de faire des démarchages et de récupérer des sponsors puisque c’était la chasse gardée de l’association des diplômés. Heureusement, l’école a quand même vu que c’était un projet intéressant et nous avons été autorisés à utiliser les moyens d’impression de l’école. A l’époque, tous les polycopiés étaient imprimés par l’école, et l’école nous a autorisés à utiliser les imprimantes gratuitement.

C’est une bonne nouvelle !

C’est bien, mais ça voulait dire que l’ECNiouzes était en noir et blanc. Je ne sais plus si dans la première édition, l’intérieur était aussi en noir et blanc, mais en tout cas la couverture l’est restée. C’était sous forme de polycopiés en format A4, vraiment très basique, et on faisait la couverture nous-même. Pour la couverture, une de nos camarades, plutôt douée en dessin, avait réalisé à la main une image sur le thème de l’hippocampe. Puis il a fallu rassembler l’équipe pour commencer à écrire. On est partis sur une base mensuelle, en se disant que c’était ce qui était le plus réaliste, parce que mine de rien ça prend du temps de trouver les thèmes et écrire les articles. En fait, le premier numéro a été assez facile : il n’y avait pas de magazine étudiant mais quand même pas mal d’histoires à raconter.

Quels étaient les types de sujets que vous abordiez ? Plutôt axés sur la vie centralienne ? Ou plus généralistes ?

On avait un peu de tout. Une fois qu’on a trouvé comment le publier, on s’est rassemblés pour savoir ce qu’on voulait mettre dedans. On s’est demandé : « De quoi on parle ? » On est partis sur une trame où on avait un ou deux articles principaux qui parlaient évidemment de la vie centralienne, mais on avait aussi des articles de société ou d’actualité qui pouvaient intéresser les étudiants de Centrale. Par exemple, un article dont je me souviens très bien parce que j’avais vraiment bien aimé ce que le camarade avait fait, c’était un article sur le commerce équitable, très complet, très bien documenté. A l’époque, on parle du début des années 2000, c’était le début du commerce équitable, ce n’était pas très très connu. Le but était de donner la parole aux Nantraliens. On avait différentes rubriques : notamment on allait régulièrement interviewer des personnes de l’école. On a interviewé le directeur de l’école, par exemple. Au début, le fil directeur était de se dire : « Quels sont les sujets qu’un Nantralien aimerait parcourir quand il est assis sur les toilettes et qu’il a du temps (rires) ? » C’était ça l’idée. On avait donc un spectre relativement large : on savait que les gens ne lisaient pas forcément tout, mais ça leur permettait de piocher ce qui les intéressait. Le but n’était pas d’avoir quelque chose de ciblé sur un thème précis, mais au contraire d’être le plus large possible au niveau des sujets. C’est pour ça que dans les numéros suivants, on avait aussi une partie jeu, une partie anecdote, il me semble qu’on avait même une partie humour avec des petites blagues dedans. On visait aussi bien ceux qui avaient juste quelques minutes et allaient juste feuilleter le numéro, que ceux qui allaient avoir plus de temps et l’envie de lire des articles plus longs et plus détaillés.

Est-ce que vous aviez des retours sur les articles ?

Oui, on avait des retours, on a eu dès le début un retour très positif. Le principe, c’était de le déposer aux endroits stratégiques : à la cafèt, dans le hall, là où les gens pouvaient le prendre. Au niveau du tirage c’était toujours une grosse question : combien en fait-on pour que tous ceux qui sont intéressés puissent en avoir un ? Avec cette façon de distribuer, on voyait si les sujets étaient intéressants ou pas car en voyant le nombre de numéros qui restaient, on voyait si les articles du mois leur avaient plu. Des gens nous disaient qu’ils aimaient bien ce qu’il y avait dedans, qu’ils aimaient bien justement la diversité des sujets.

Est-ce que des professeurs le lisaient?

Les professeurs le lisaient aussi. Aux premières lignes, on prenait des sujets qui intéressaient les étudiants, mais je me rappelle que des professeurs le lisaient, même le professeur de communication nous disait les sujets qu’il avait aimés. Ce qui était important pour nous, quand on parlait de l’école, c’était de rester neutre, de ne pas créer de polémiques. Je pense que c’était aussi ce que les professeurs appréciaient. On n’était pas là pour démonter quelqu’un, pour lancer des débats ou faire de la politique. C’était quelque chose qui était important pour le directeur de l’école aussi. Je me rappelle qu’on en avait parlé au moment où il nous a autorisés à imprimer. On était aussi un peu obligés dans la mesure où c’était l’école qui finançait les tirages. Ça ne nous empêchait pas de mettre en avant certaines questions sur certaines choses qui n’étaient pas forcément optimales, mais pour toute l’équipe de rédaction, ce qui était important, c’était d’être juste. Comme on avait une certaine résonance, c’était notre responsabilité de ne pas dénigrer les gens.

J’ai l’impression que c’est quelque chose dont on s’est un peu écarté. J’ai lu des publications plus récentes, on prend plus position sur les sujets qu’on aborde.

Oui, j’ai eu l’impression aussi. Nous, notre objectif c’était d’informer de la façon la plus neutre possible. Dans les numéros que j’ai vus par la suite, ils ont plus pris ça comme un forum d’expression pour donner leur avis, pour se faire plaisir et pour dire les choses dont ils avaient envie. Nous, ce n’était pas notre objectif. Comme il n’y avait rien avant, ça donne peut-être aussi une perspective différente. Les informations fonctionnaient différemment à l’époque. Les gens n’étaient pas aussi branchés sur les sites d’informations en continu. Il y en avait qui lisaient la presse et qui avaient les informations, mais tout le monde ne lisait pas forcément. Notre but c’était de sélectionner les informations qui pouvaient intéresser les Nantraliens, et de les mettre à disposition.

Pour communiquer sur les numéros qui sortaient tous les mois, ça fonctionnait comment ?

On avait un planning. D’un mois sur l’autre, on annonçait quand est-ce que le numéro sortait, et c’était pas toujours facile. Il y avait des mois où on avait du mal à tout boucler à temps. D’ailleurs, c’était assez rigolo : après quelques numéros, pour essayer d’améliorer la qualité de publication, j’avais organisé une sorte de mini-conférence avec le professeur de communication, qui en l’occurrence était un ancien journaliste. Il a accepté volontiers de nous donner quelques tuyaux, donc on a discuté de la publication et des délais de publication. Je me rappelle toujours de la petite anecdote qu’il nous disait, qu’en tant que journaliste, plus la deadline approchait, plus les auteurs avaient tendance à raser les murs pour ne pas croiser le rédacteur en chef, qui leur demandait quand est-ce qu’il aurait leur article (rires), ce qui était un peu ce qui se passait chez nous.

C’était votre rôle de rédacteur en chef ?

Oui, et mes camarades ont rigolé parce qu’ils se sont sentis tout à fait concernés. Quand la date de publication approchait, ceux qui n’avaient pas encore eu le temps de rendre leur article avaient tendance à prendre un autre couloir parce qu’évidemment, quand je les voyais, je leur rappelais que c’était bientôt la deadline.

Du coup l’écriture des articles était seulement réservée aux membres du journal, ou c’était ouvert à tous les étudiants ?

C’était seulement l’équipe du journal. On avait aussi une tribune ouverte où on publiait les retours de lecteurs. Mais si les gens étaient vraiment intéressés pour participer, ils rejoignaient l’équipe. Comme on n’était pas polémique et qu’on essayait de rester factuels, les retours étaient positifs. Parfois, les gens n’étaient pas forcément d’accord avec ce qu’on avait publié. Dans ce cas, on reprenait le sujet, on rajoutait des explications ou on donnait des corrections si nécessaire. La deuxième année, comme pour tous les clubs, une nouvelle équipe a repris le flambeau. C’est important parce que la deuxième année, il y a eu un concours national des journaux étudiants, et l’ECNiouzes a participé. Ils n’ont pas gagné, mais ils ont terminé avec une bonne place. C’était un gage de qualité. On aurait bien aimé qu’ils gagnent, mais ça faisait quand même plaisir de voir qu’on était capables de participer à une compétition au niveau national et de s’en sortir plutôt bien. Je peux vous envoyer le nom du rédacteur en chef de la deuxième année qui avait participé au concours, et ça va débuter une rubrique historique de l’ECNiouzes (rires).

Qu’est-ce que ça vous a apporté sur le plan personnel, de participer à l’écriture du journal ?

Je dirais qu’en général, à Centrale, toutes les activités annexes apportent beaucoup. Il est quand même important de suivre les cours, les TP, parce que c’est quand même des connaissances qui sont utiles dans le métier d’ingénieur, mais au final, ce qui va faire la différence dans la carrière d’ingénieur, surtout si on évolue et qu’on ne veut pas forcément rester à faire de l’engineering, si on veut évoluer vers le management, c’est tous les softskills qu’on va acquérir avec ce qu’on fait. Forcément, participer à un journal comme ça, l’écrire, le publier, c’est extrêmement utile pour toute la partie communication. J’ai aussi fait ça parce que j’ai toujours été intéressé par la communication et ça m’a permis de travailler sur ça. Il y avait du travail collaboratif : comment on se met d’accord sur qui va écrire quoi, et toutes ces capacités de management mais surtout comment bien communiquer. Quand on travaille en entreprise, une grosse partie de ce qui détermine qu’un projet va aboutir ou pas, c’est la capacité à communiquer. Donc oui c’est une expérience très importante et très enrichissante, par rapport à la façon de réfléchir sur les sujets, toute la partie travail d’équipe… Ça m’a un peu coûté par rapport au cursus normal, où j’aurais pu prêter plus d’attention, mais je regrette pas. Ça a apporté beaucoup sur d’autres domaines, sur le domaine humain.

Est-ce que vous avez gardé contact avec l’équipe de l’époque ?

Une bonne partie oui. Comme on a commencé avec des camarades de liste, beaucoup sont des amis. Pas avec tous, certains avec qui on a perdu le contact, avec qui on était moins proches, mais certains de l’équipe de cœur, bien-sûr.

Une question que j’aurais dû poser dès le début : pourquoi l’ECNiouzes ? D’où vient l’idée du nom ?

Brainstorming. Juste, brainstorming (rires). Il y avait d’autres idées, peut-être qu’on avait expliqué dans l’éditorial du premier numéro comment on avait trouvé le nom, mais en gros brainstorming. Ce n’était pas sur une seule session : chacun faisait des propositions, on les a mises en commun, on a laissé un peu décanter. On ne s’est pas fixés sur le nom tout de suite, ça a pris quelques semaines. Je ne sais plus qui a eu l’idée du nom. Je sais que ce n’était pas moi, mais il me plaisait bien. Ça a du être la combinaison de deux propositions, c’était une création commune. Un vrai brainstorming dans les règles de l’art. C’est sûr que la partie où on trouvait des idées était très intéressante à faire : à côté des CM où on acquiert du savoir, là on pouvait utiliser notre imagination et notre potentiel créatif.

Ça permettait d’aller au-delà des cours, par exemple au sujet du commerce équitable, ce n’était pas abordé en cours j’imagine.

Tout à fait. Parler de l’école, mais aussi d’autres sujets, c’est important pour qu’il y en ait pour tous les goûts. C’était la ligne directrice . C’est pour ça que l’équipe de rédaction était assez bariolée. A part sur le fait de rester neutres, objectifs, et factuels, on ne se fixait pas de limites sur ce qu’on écrivait.

Quand on voit que certains clubs aujourd’hui disparaissent au bout de quelques années, on se dit que c’est quand même très fort pour un club comme l’ECNiouzes d’avoir tenu jusqu’à aujourd’hui.

Oui, parce que ça répond à un besoin. On a bien vu quand on a commencé, il y avait un intérêt pour ce genre de plateforme, pour s’informer, pour parler de sujets qui nous intéressent. Ça ne m’étonne pas que ça ait tenu. Je trouve ça un peu dommage que la ligne directrice ait changé. Mais oui le temps évolue, les gens évoluent, les générations ne sont pas les mêmes. Et puis, je pense qu’il y a beaucoup moins ce besoin d’informer les gens sur des sujets, maintenant les gens reçoivent beaucoup trop d’informations mais n’ont pas forcément l’occasion de pouvoir donner leur avis. Ce n’est pas surprenant que ça ait évolué dans cette direction là.

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Merci à Cédric Baillieul d’avoir gentiment accepté l’invitation et répondu avec enthousiasme à toutes nos questions ! Et merci à Zoom d’avoir lagué pendant toute la durée de l’interview 🙃

Ariel le bg

Influenceuse novice, elle suit avec assiduité des cours de lecture de cartes de tarot et les derniers sons de PLK. Et ça lui arrive de partager deux trois infos en ligne.
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